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14/09/2017

J'envoie ou pas ????

Je viens de pondre cela...

 

Est-ce que je l'envoie ? Est-ce que je risque un avertissement ????

 

ce soir je suis tellement dégoûtée que je la poste au moins sur le blog....je me retiens pour ne pas la mettre sur mon facebook....

 

Madame ...........................

Professeur des écoles

En poste sur des décharges de direction

Le 14 septembre 2017,

 

Monsieur l'Inspecteur de la circonscription de .......................

Madame l'enseignante référente de .............................

Madame la présidente de .................................

 

 

Alors que j'enseigne depuis plusieurs années au sein de la circonscription Dijon Chenôve, vous ne me connaissez pas car tous les dossiers que j'ai gérés en MDPH ou en suivis personnalisés l'ont été avec vos prédécesseurs lorsque j'étais en poste titulaire d'une classe. Depuis deux ans, j'exerce sur un poste de décharge de directions sur les écoles de R., D., L. et S. et je m'occupe beaucoup moins des suivis personnalisés.

Cependant, la situation actuellement vécue par l'ensemble des collègues et des élèves de L. me semble tout simplement inadmissible et comme je suis directement concernée par la situation, je vais me permettre cet écrit, un peu long, mais qui je l'espère, retiendra votre attention.

Je décharge chaque jeudi le directeur dans une classe de CE2-CM2 de 23 élèves dont un élève porteur de handicap, autiste, scolarisé 21 heures par semaine, et qui a toujours eu une AVS durant sa scolarité.

Nous sommes le jeudi 14 septembre, j'interviens pour la seconde fois de l'année dans la classe et cet élève n'a toujours pas d'AVS.

 

Je vais vous expliquer tout ce qui en découle.

 

Avant cela, un petit rappel : l'AVS de l'an passé a démissionné au mois de juin ( et non, elle n'est pas partie sans rien dire, oui elle a fait ses démarches dès la mi-mai, a relancé pour obtenir des réponses....il est quand même mal venu de faire croire à la famille que l'AVS n'a pas prévenu assez tôt...) et rien n'a été fait pour être assuré qu'un remplacement aurait lieu dès la rentrée. Il faut quand même rappeler qu'il ne s'agit pas d'un nouveau dossier mais bien d'un suivi de dossier MDPH.

 

Depuis la pré-rentrée, l'équipe enseignante et les parents alertent l'inspection et l'enseignante référente sur la situation, mais voilà, personne n'est nommée pour cet élève, rappelons-le porteur de handicap, habitué à être suivi par une AVS depuis le début de sa scolarité.

Monsieur l'inspecteur passe à l'école pour saluer les collègues et leur souhaiter une bonne rentrée, il est de nouveau sollicité par les collègues au sujet de la situation difficilement tenable, le directeur lui propose de passer un quart d'heure dans la classe, mais monsieur l'inspecteur décline l'invitation, faute de temps et nous rappelant qu'il nous fait confiance.

Désolé de décevoir monsieur l'inspecteur mais vous ne devriez pas nous faire confiance...nous n'avons pas de baguette magique pour transformer une situation ingérable...si vous en doutez, je vais vous raconter ma journée de ce jeudi, similaire à ce que vit mon collègue directeur chaque jour....

 

J'ai été une bien mauvaise enseignante ce jour...j'ai beaucoup râlé, beaucoup pesté, voire crié auprès des élèves....si, si, c'est vrai...et je vous assure que je n'en suis pas fière et que je préfèrerais arriver à faire autrement.

 

Mais voilà...ils ne sont que 23, c'est vrai mais il y a donc M. sans AVS et là, très honnêtement, nous ne savons pas faire pour répondre à ses besoins d'élève particulier sans qu'il ait une aide individuelle, il y a les enfants en difficulté scolaire ( dont un petit nouveau arrivé dans l'école, en grande difficulté et que j'ai laissé de côté quasiment toute la journée), il y a deux élèves de CM2 très compliqués... Rassurez-vous, nous connaissons les problématiques de ces deux élèves car oui, nous faisons de notre mieux pour les suivre mais dois-je vous raconter qu'encore aujourd'hui ces deux enfants sont entrés en très grand conflit engendrant une situation compliquée dans la classe, non , je ne peux vous confier tous les détails de ces problématiques, ah c'est vrai, vous nous faites confiance mais désolé, ce n'est pas réciproque.

Il a fallu que j'enlève un tiers de ce que j'avais prévu de faire aujourd'hui, tant pis les CE2 n'auront pas fait leur séance de géométrie....mais nous avons quand même fait chorale malgré les difficultés à gérer un tel groupe classe ( avec les CM1 en supplément) dont M. qui ne tient pas en place et intervient tout le temps, tout le temps....

Au moins, je n'aurai pas fait que crier, j'aurai aussi chanté un peu et essayé de capter mon auditoire pour les faire chanter...

 

Vous me trouvez ironique et désinvolte ?

 

Comment ne pas l'être quand on nous laisse gérer de telles situations qui engendrent un mal être de l'élève concerné, des élèves alentours et des enseignants responsables de la classe ????

 

Après cette journée horriblement fatigante physiquement et mentalement, alors que nous essayons de nous convaincre que nous ne sommes pas les plus nuls enseignants du monde, nous apprenons qu'une AVS sera sans doute recrutée pour le 9 octobre, enfin pas certain et il faut trouver une personne qui convienne. Et d'ici là, on nous demande de mutualiser une AVS qui intervient pour une élève de CP dans la classe de GS/CP à 27 élèves !!!!! Donc là, c'est déshabiller Paul pour "rapiécer" Pierre.... en l'occurrence notre M., même pas l'habiller....

Mais de qui se moque t-on ???? Ah non, on ne se moque pas de nous, on nous fait confiance, j'oubliais....

 

Savez-vous que la cohésion de classe et le bon climat de classe se construisent les deux premières semaines ? Avez-vous conscience que nous allons mettre des semaines à tenter de rattraper les dégâts causés par la situation actuelle ? Que M. a déjà pris de bien mauvaises habitudes et que nous aussi ? Que les autres élèves sont très perturbés par la situation ?

 

Enfin, comprenez-vous qu'enseigner dans ces conditions vous met une pression de dingue, vous place sous tension nerveuse toute la journée et en amont de la journée ?

 

En fait, l'éducation nationale compte encore bien trop sur la bonne conscience professionnelle de ses employés...car oui, nous n'avons plus confiance en grand chose nous mais nous avons une conscience qui fait que nous essayons de tenir le coup, méprisant notre santé physique et mentale pour aider les élèves. C'est vrai que ce jour, nous nous disions que si nous nous mettions en arrêt maladie, peut-être que nous serions mieux entendus mais hélas pour nous et chance pour vous, nous avons une conscience, nous croyons en notre mission et nous tenons le choc.

 

Mais moi, je ne veux pas tenir le choc sans pousser ce coup de gueule.

Moi, je ne suis dans la classe qu'une journée par semaine et pourtant je suis très affectée par la situation, pour les élèves, pour les collègues et aussi pour moi.

Moi, ce soir, je suis épuisée et tellement déçue par les réactions hiérarchiques ou des services spécifiques.

Moi, ce soir, je me demande déjà comment je vais préparer ma journée de jeudi prochain et comment je vais assurer la séance de sport promise aux 27 élèves de CE2-CM1-CM2...

 

J'ai bien conscience que cette lettre est un peu percutante et peut paraitre irrespectueuse mais sachez que pour le moment ce sont nous les enseignants et notre élève qui ne sommes pas respectés en nous laissant nous dépatouiller d'une situation très délicate. Je suis certaine que d'autres collègues vivent cela et je vous assure que je me retiens de créer un collectif des enseignants en attente d'AVS pour leurs élèves porteurs de handicaps ou à troubles spécifiques.

 

Je crois au travail d'équipe et je rêvais d'une réunion avec mon collègue et l'AVS dès le soir de la rentrée pour penser ensemble les aides, pour mettre en place les règles, les aménagements spécifiques...mon rêve se brise chaque jeudi en me faisant devenir une enseignante débordée par une situation trop complexe.

 

Je m'oblige à clore ce courrier...je pourrais écrire des pages et des pages sur le vécu du moment...

 

Je vous prie de pardonner mon impertinence si nécessaire pour créer une onde de choc...Je vais tenter de reprendre confiance en moi et en mes élèves. Pour la confiance en l'éducation nationale, je crois que je l'ai définitivement perdue. Quant à celle que vous nous portez, elle est certes gratifiante dans la pensée mais sur le terrain, elle ne porte pas de fruits ou de solutions miracles.

 

Bien cordialement,

Madame .........................., professeur des écoles depuis 21 ans, passionnée et enthousiaste à ses heures, perdue et désespérée à d'autres.

 

 

 

Commentaires

Oui, ça fait du bien de décharger quelque part toute la colère. J'aime beaucoup ta dernière phrase sur la confiance, elle est très percutante.
Je ne sais pas si la lettre peut être envoyée telle quelle, elle sonne très "coup de gueule" et langage parlé plus que lettre. Mais c'est peut-être justement parce que tu veux montrer que tu es émotionnellement touchée ? Bon, je supprimerais quand même le passage "mais de qui se moque-t-on ?(...) on nous fait confiance, j'oubliais", qui met l'inspecteur sur la sellette, et qu'il pourrait par conséquent trouver agressif et très mal prendre.
Comment vois-tu les choses aujourd'hui, en te relisant ?
Bisous !

Écrit par : chenille | 16/09/2017

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Je reviens vite dans le WE pour raconter la suite !!!!! bises

Écrit par : pasc | 16/09/2017

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